Abkhazie, le pays qui n'existe pas vraiment

De retour de Borjomi, j'ai maintenant fait le tour des lieux interessants de Georgie, il est peut etre temps pour moi de partir. Mais je me souviens d'une discussion avec Jacob quelques jours auparavant autour du feu de camp dans le parc de Lagodekhi : il a deja ete en Abkhazie et pense y retourner. L'Abkhazie, nom intrigant mais surtout un lieu qui l'est. En effet, cette region georgienne s'est autoproclamee independant et a ete reconnu par la Russie et le Nicaragua pendant la guerre entre la Georgie et la Russie. Seulement, ce n'est pas evident pour y aller, en particulier le visa et le passage de la frontiere et d'apres les rumeurs, c'est assez dangereux... Mais Jacob avait trouve ce lieu vraiment bien et compte y retourner car une reunion doit se tenir aux Nations Unies pour discuter un peu de cet endroit...

Annelie souhaite aussi se joindre a nous, on se donne donc rendez-vous chez elle un lundi soir pour discuter de tout ca. Apres quelques verres de bieres, on decide d'y aller le jeudi prochain car Annelie finit mercredi soir. Le plan est assez simple dans la mesure ou on est tous dans le meme etat d'esprit a savoir se laisser guider par les evenements. On fonce donc le soir meme dans un cybercafe pour faire les demandes de visa (et oui, comme y'a pas d'ambassade d'Abkhazie, ils ont un site internet. Mercredi matin, on fait l'etat des lieux, seule Annelie a recu la lettre de confirmation qu'elle peut passer la frontiere. La pression monte, mais Jacob et moi sommes d'un naturel confiant. Mercredi soir, le train pour Zugdidi, la derniere ville georgienne avant l'Abkhazie, est a 21h30. Annelie qui bosse doit nous rejoindre a la gare vers 21h15. Jacob et moi etant au resto avec d'autres expatries, nous ne faisons pas gaffe a l'heure et finalement decollons du resto a 21 heures. On prend un taxi : arrivee a la gare 21h15. Pendant que je cours acheter les billets (bah oui, on a pas les billets encore...), il fonce acheter des bieres. 21h25, tout le monde a rempli sa mission, nous montons dans le train serein, enfin presque! Toujours pas de lettre de confirmation pour Jacob et moi... Le voyage en train se passe bien, sauf que le controleur nous dit que le train s'arrete avant Zugdidi et qu'on doit prendre un bus...

Il est 6h00 du mat', nous errons dans les rues de Zugdidi a la recherche d'un cybercafe voir si on a recu nos lettres... 9h00, le cybercafe ouvre mais toujours rien... on decide d'appeler le ministere des affaires etrangeres d'Abkhazie pour voir ce qu'ils bricolent. Heureusement, ils parlent bien anglais, apres 20 minutes de discussion, ils nous annoncent qu'ils ont change les regles et qu'ils envoient plus de lettre, qu'on peut se presenter a la frontiere! Cool smile On fonce dans un taxi, negocie le prix pour aller a la frontiere et zou! Checkpoint georgien, ils controlent les passeports, recopient nos infos sur 5 formulaires differents posent un tas de questions sur les raisons d'aller la bas et c'est bon. Apres 500m de marche, on passe les bunkers georgiens et traversont le pont qui franchit la riviere qui fait la frontiere. De l'autre cote du pont, les chars russes sont la, des barrieres en beton puis finalement on arrive a la frontiere abkaze. C'est vite vu, apres 5 minutes, Annelie a le feu vert pour passer et nous, c'est simple : pas de lettre, on rentre pas. 30 minutes de discussion, c'est toujours niet. Dans ces moments, il faut rester calme. On appelle le ministere des affaires etrangeres et on lui passe le douanier. Le gars, nous fait signe de nous assoir. On attend 1 heure, des douaniers passent, des gentils, des cons, des comprehensifs, des qui-nous-ignorent... On est toujours sur notre banc, le soleil tape. Pendant ce temps, on voit des jeeps des Nations Unies qui passent regulierement dans un sens ou l'autre. Le chef revient et nous dit qu'il attend un coup de fil. On rappelle le ministere, toujours le meme cirque. Il est midi passe, ca va faire 3 heures qu'on attend au soleil quand finalement, il revient avec nos passeports et nous fait, c'est bon! Yeeeehoo! smile Abkhazia, nous voila!

Coup de chance, une marshrutka est la et nous amene a Gali, la ville apres la frontiere. La route est dans un etat lamentable, et nous voyons des maisons detruites un peu partout : le resultat de la guerre avec la Georgie en 1992. Durant le trajet, Jacob recoit un SMS : Vous allez bien? des bombes ont explosees cette nuit a Zugdidi. En fait, si notre train s'est arrete avant, c'est qu'une bombe a explose sur un train de fret quelques heures avant nous, et il y avait une bombe dans la gare. D'apres le gouvernement georgien, ca serait les separatistes abkhazes. Oulala, ca commence bien!

On nous depose dans le centre, et nous voulons rejoindre Sukhumi, la capitale mais plus de marshrutka, le seul moyen est le taxi... On decide de faire du stop et apres 10 minutes, un gars s'arrete et nous prend dans sa voiture.

Vehicule blinde de l'ONU, batiment detruit, ambiance bizarre pour faire du stop
Vehicule blinde de l'ONU, batiment detruit, ambiance bizarre pour faire du stop
Batiment detruit durant la guerre avec la Georgie en 1992, mais le cadre reste idyllique
Batiment detruit durant la guerre avec la Georgie en 1992, mais le cadre reste idyllique

En cours de route, le gars s'arrete nous acheter a boire et nous amene a destination et en plus, il nous depose devant le ministere des affaires etrangeres. Oui, on doit encore passer ici pour payer et recuperer notre visa... Apres un aller-retour a la banque pour payer, nous avons enfin le papier! On peut enfin se prendre une biere et profiter de la mer! Nous trouvons une petite pension pour la nuit et nous passons la fin de journee a nous balader dans Sukhumi et sur le front de mer. La ville est tres agreable, avec des palmiers un peu partout meme si on peut encore voir les restes de la guerre...

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Le lendemain matin, nous partons vers Gagra a une centaine de kilometres au nord. Nous trouvons facilement une maison pour dormir, il y a un grand nombre de touristes (russes bien sur) qui viennent ici car le temps y est toujours agreable et les plages sont tres bien. Nous nous delassons l'apres-midi sur la plage et pour nous baigner, l'eau y etant a bonne temperature.

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Baltika 5, biere russe et sur le mur au fond est ecrit : Bieres, Blinis
Baltika 5, biere russe et sur le mur au fond est ecrit : Bieres, Blinis

Le soir, nous nous baladons en ville mais peu d'animation, pourtant nous y etions chauds pour aller dans une discotheque gouter a la musique russe! Dommage...

Danse devant la discotheque fermee...
Danse devant la discotheque fermee...

Le matin, nous discutons de nos differents plans : Jacob reste ici car la reunion des Nations Unies a ete decalee et Annelie doit rentrer sur Tbilissi car elle bosse. N'ayant rien de plus a faire ici, je rentre avec elle. Nous faisons du stop pour retourner en Georgie, soit un peu plus de 200 kilometres pour atteindre la frontiere. On a quasiment jamais a attendre et les conducteurs a chaque fois nous offrent a boire ou des glaces! Cool smile En cours de route, alors que nous marchons sur le bord de la route, nous voyons un troupeau de buffles.

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Puis avant d'arriver a Gali, la derniere ville avant la Georgie, nous sommes pris par 3 gars. Au debut, ils font un peu louches et finalement sont bien sympas. Arrives a Gali, ils nous paient un resto et nous proposent de nous emmener jusqu'a la frontiere. Ils nous disent aussi que si on a un probleme pour passer la frontiere, on peut les appeler, ils connaissent un moyen de rentrer en Georgie... smile

La station service de Gali
La station service de Gali

Finalement, aucun probleme pour passer la frontiere abkhaze. On passe a cote des chars russes, avec les soldats russes torses nus et les kalachnikovs a cote d'eux qui sifflent Annelie. Puis la traversee du pont, et retour du cote georgiens ou les douaniers nous regardent d'un oeil suspicieux. Apres 30 minutes d'interrogatoire, nous sommes libres! Retour en train a Tbilissi avec une arrivee a 7 heures du mat'. Pfiouu, quelle aventure!

Z'etes encore la? C'etait long comme article, mais bon, c'etait une sacree aventure, ca le valait bien, non? Pour un autre pays qui n'existe pas, il y a aussi la Transnistrie, coincee entre la Moldavie et l'Ukraine --> http://www.en-voyage.info/recit/21-Entre-pays-slaves-et-latins/4#La-Transnistrie-le-pays-qui-n-existe-pas

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Le voyage pour moi, ce n'est pas arriver, c'est partir. C'est l'imprévu de la prochaine escale, c'est le désir jamais comblé de connaître sans cesse autre chose, c'est demain, éternellement demain.

Roland Dorgelès
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